Mauvaise Note

Introduction de l'auteur

Max Portrieux a travaillé dans de grandes entreprises des deux côtés de l'Atlantique. Il connait bien l'ambiance des open spaces, des relations chaleureuses entre collègues, des appréciations  parfois innocentes, de l'appréciation de fin d'année qui impactera le futur, des réseaux sociaux où un simple propos mal interprété fait fluctuer votre nombre d'amis.

 

Storyboard

Savez-vous que le gouvernement chinois attribue une note adopte une note à  ses citoyens, qu'elle impacte la vie de chacun, sa capacité à obtenir un prêt, à voyager. :

https://fr.express.live/2016/10/27/chine-systeme-notation-credit-social/

Dans Mauvaise note, l'auteur nous décrit un monde où ce principe est appliqué à la vie personnelle, sociale et professionnelle. Chacun se voit contraint à toujours plaire, à éviter à tout prix la bonne note pour éviter la mauvaise. 

Le point de vue de l'éditeur


DDk Anticipation a reçu avec beaucoup d'intérêt le tapuscrit de Mauvaise Note. Sa lecture ne m'a pas déçu. Le thème est passionnant, l'auteur a su le développer sans tomber dans la technophobie. Ses personnages sont représentatifs de notre société, sans jamais être caricaturaux  : certains se résignent, d'autres se rebellent, une minorité se bat pour défendre un meilleur avenir.  

 

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Mauvaise Note peut se lire au premier degré : il devient un excellent livre que l'on ne peut pas lacher (idéal pour un trajet en train). Ensuite ne le planquez pas au fond de votre biblothèque, relisez lu un peu plus lentement, regardez autour de vous...

Et si ce futur était plausible, probabilistement juste. 

Extrait #1

Quand je rencontrai le regard à la fois réprobateur et fuyard de mon boss à travers la vitre de son bureau, j’eus tout de suite le pressentiment que cette journée allait mal commencer. J’accusais un retard d’une bonne dizaine de minutes, et Jérôme, ce bon Jérôme, n’était pas du genre à laisser passer cette grave atteinte aux intérêts de la compagnie. La sanction, sans aucun doute, ne tarderait pas.

J’avais pourtant fait mon maximum. Plutôt que le métro, j’avais opté pour la voiture, en mode manuel. J’étais pratiquement certain d’avoir commis un excès de vitesse dans le boulevard circulaire, l’ordinateur de bord n’avait cessé de me mettre en garde. Tandis que je traversais l’open space, je sentis mon oreillette vibrer. Ça y est, pensai-je, nous y sommes. A l’instant même où je m’assis, elle vibra une seconde fois.

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 J’extirpai mon terminal de ma poche ; deux notifications sur mon LifeBook. La première était un message de la préfecture de police, une amende de deux cent douze euros et un malus en responsabilité sociale pour avoir dépassé la limite autorisée pendant une durée cumulée supérieure à cinq secondes. La deuxième m’emmena sur ma page JobStory, Jérôme venait de me mettre une appréciation négative à la catégorie exactitude. Voilà. La journée avait mal commencé.

Je soufflai de toutes mes forces pour passer le cap. La grosse tête de Pierre, cette espèce de boule saupoudrée de poils noirs et toujours marquée par la contrariété, apparut au-dessus du panneau en plexiglas.

  • Ça ne va pas ? Réveil difficile ?
  • Tout irait à merveille si seulement j’avais pu éviter ce petit taquet matinal.

Pierre empoigna son terminal et constata les dégâts sur mon profil.

  • C’est pas vrai, s’exclama-t-il, c’est vraiment, vraiment….

La suite se tassa entre les dents de mon collègue compatissant ; ce ne fut bientôt plus qu’un long sifflement indistinct, continu, d’où émergeait de temps à autre le nom de Jérôme entre deux termes peu flatteurs. J’étais désolé d’avoir ainsi aggravé sa mauvaise humeur, mais il était vraiment du genre nerveux, le garçon ; il donnait toujours une importance démesurée au moindre problème. Au quotidien, cela ne constituait pas un embarras majeur, il se faisait du mal tout seul dans son coin, mais il fallait absolument se tenir loin de lui pendant les pots de départ. Tout transpirant dans son costume noir, le regard halluciné, il était capable de vous tenir la jambe pendant des heures en dissertant sur un fait banal. Subir alors son haleine fatiguée, ce subtil mélange d’alcool et de cassoulet, relevait du calvaire.

            J’occupai chez Globalview le poste de Client Request Specialist, une position bien modeste, mais qui possédait un avantage exclusif : j’étais celui qui, par définition, résolvait des problèmes et non qui en causait. Il s’agissait d’après ma fiche de poste d’examiner les sources de mécontentement des clients en faisant preuve d’un accueil personnalisé et qualitatif puis de m’assurer, après clôture de l’incident, de leur entière satisfaction ; j’excellais à la tâche. Hélas, la générosité des clients ne compensait pas les fréquentes mauvaises notes attribuées par mon management.

Alors que je gérais un premier appel avec, comme toujours, beaucoup de tact et d’élégance, une notification surgit sur mon terminal. Il s’agissait d’un rappel ; il me restait trois minutes pour me rendre dans la salle de réunion où devait se dérouler le briefing hebdomadaire.

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